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23 août 2021
Paysage agricole

Agroscope : pertes de rendement importantes pour l’agriculture suisse en cas de protection végétale réduite

De quelle quantité de protection végétale avons-nous besoin, de quoi pouvons-nous nous passer ? Pour se donner une base de décision, les praticiens évaluent les effets d’une utilisation réduite des produits phytosanitaires pour l’agriculture suisse. Selon la culture et la mesure considérées, il faut s’attendre à des pertes de rendement importantes.

agriculture plan d'action recherche rendement

Le débat sur la protection des plantes se poursuit. En amont du vote sur les deux initiatives agricoles, la Commission de l’économie et des redevances du Conseil des États avait élaboré l’initiative parlementaire 19.475 « Réduire le risque de l’utilisation de pesticides ». Ce texte voulait donner à l’actuel plan d’action Protection des plantes une force plus contraignante par le biais de dispositions légales. Il constituait de ce fait un contre-projet officieux aux initiatives agricoles. Lors du débat parlementaire, diverses réglementations ont toutefois été considérablement renforcées. Cette semaine s’est achevée la procédure de consultation portant sur toute une série d’ordonnances destinées à concrétiser la mise en œuvre de la loi fédérale sur la réduction des risques liés à l’utilisation de pesticides. Or, les réglementations proposées pourraient avoir pour l’agriculture des conséquences plus problématiques encore que les initiatives agricoles rejetées par le peuple.

Un élément important des nouvelles mesures proposées est la promotion d’un renoncement aux produits phytosanitaires (PPh) dans les cultures importantes par le biais d’un soutien financier sous forme de paiements directs. Mais quelles seraient les conséquences sur la production locale de denrées alimentaires en Suisse ? Dès 2019, les chercheurs d’Agroscope avaient montré dans leur étude sur l’estimation des conséquences d’une acceptation de l’initiative pour une eau potable propre qu’une protection végétale réduite entraînerait des pertes de rendement. Ces résultats se basaient sur des essais en plein champ menés dans différents pays et ne pouvaient tenir compte que partiellement des conditions spécifiques de l’agriculture suisse. Pour combler cette lacune, Agroscope a maintenant réalisé une enquête Delphi auprès de 18 experts et expertes de Suisse qui connaissent parfaitement les conditions locales (Möhring et al. 2021). Ces personnes provenaient de services cantonaux spécialisés, de la formation, du conseil et de la recherche. Dans cette procédure en plusieurs étapes, les réponses divergentes au sein du groupe d’experts ont été discutées afin de parvenir à un consensus et à des estimations aussi fiables que possible.

Les modes de culture suivants, à promouvoir selon les propositions de réglementation actuelles, ont été évalués pour différentes cultures :

  • Grandes cultures sans insecticides, sans fongicides et sans raccourcisseurs de tiges
  • Grandes cultures sans herbicides
  • Grandes cultures sans aucun PPh

Un renoncement complet aux produits phytosanitaires pourrait réduire la récolte de betteraves sucrières de 50 %. Pour le colza, il faudrait s’attendre à des pertes de 40 %, pour les pommes de terre, l’orge et le blé à des pertes de 30 %. Ces estimations se basent sur des champs avec un niveau de rendement moyen. Avec un niveau de rendement élevé, les pertes pourraient être encore plus importantes. Ces chiffres documentent l’utilité considérable des produits phytosanitaires pour la productivité agricole.

Une culture sans insecticides, sans fongicides et sans raccourcisseurs de tiges aurait des effets similaires (colza, pommes de terre) ; pour l’orge et le blé, les pertes seraient un peu plus faibles, avec environ 20 %.

Un renoncement uniquement aux herbicides aurait des conséquences moins drastiques, mais néanmoins importantes : les pertes de rendement se situent entre 20 % (betteraves sucrières, légumineuses) et 5 % (tournesol) ; pour les autres cultures, on estime une perte de récolte de 10 %. Les pertes de rendement en cas de renoncement aux herbicides seraient d’un ordre de grandeur similaire pour les cultures en mode Extenso, qui renonce déjà aujourd’hui aux fongicides, insecticides et raccourcisseurs de tiges.

Des restrictions importantes ou un renoncement total aux produits phytosanitaires pourraient donc entraîner un nouveau recul de la production indigène. Déjà aujourd’hui, des rendements légèrement en baisse et une population résidente croissante en Suisse conduisent à un taux d’autosuffisance en constante diminution et à des importations de denrées alimentaires en hausse continue, comme le montre Agroscope dans une autre étude récente sur la sécurité alimentaire en Suisse (von Ow 2021). Il existe donc des conflits d’objectifs entre les objectifs environnementaux et les objectifs d’approvisionnement en cas de renoncement aux produits phytosanitaires.

Différentes contre-mesures pourraient réduire au moins partiellement les pertes de récolte en cas de renoncement aux PPh, par exemple l’aménagement de bandes d’auxiliaires en bordure de champ. Les experts et expertes considèrent l’utilisation de variétés végétales résistantes comme la mesure la plus importante contre une baisse trop importante des rendements en cas de protection végétale réduite. Mais ces variétés ne sont encore guère disponibles. Les auteurs de l’étude d’Agroscope demandent donc : «Des efforts supplémentaires sont donc absolument nécessaires dans la pratique, le conseil et la science pour rendre les plantes plus résistantes aux maladies et aux ravageurs grâce à des sélections innovantes ».

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